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quelques questions à

L’interview a lieu le 26 avril à Liège, à l’An Vert, où Brigida Bocini a rencontré Paul Mahoux co-fondateur de la revue, lors de l’événement Artra Poétik, performance interdisciplinaire autour de la revue Boustro.

La revue Boustro est un projet à quatre mains, celles de Laurent Danloy, artiste plasticien et graphiste, Pascal Leclercq et Karel Logist, poètes, et vous même Paul Mahoux, plasticien. Qui êtes-vous et comment vous êtes-vous rencontrés ?

On était trois amis de Pascal, Laurent, Karel et moi, mais on ne se connaissait pas. Chacun de nous connaissait Pascal depuis longtemps et puis, un jour, il nous a proposé à tous les trois de créer une revue poétique et graphique à Liège. D'abord, chacun de notre côté et ensuite tous ensemble. Je pense que Karel et Laurent étaient surpris comme moi. On ne se connaissait pas, mais on avait tous un point commun. On avait déjà tous collaboré avec Pascal d’une manière ou d’une autre. Moi, j’ai fait plusieurs bouquins avec lui et, en général, je crois qu’on a tous eu une bonne expérience en collaborant avec lui. On s’est réunis, on a pris le temps de faire connaissance, de voir comment allait se passer les choses entre nous. On a discuté, pris des verres, on a parlé d’un peu de tout. Et ça a duré un certain temps, presque un an, avant qu’on fasse notre première réunion. On s’est dit « bon maintenant qu’on se comprend bien, il faudrait qu’on sache ce qu’on veut faire avec cette revue, quels en seront les principes ». Et c’est là qu’on a décidé en une soirée de prendre quatre auteurs par revue, pour l’écriture et la poésie, et un plasticien. On a décidé des lignes de conduite pour la revue en discutant ensemble, on s'est mis d’accord assez facilement et c’est comme ça que Boustro a démarré.

Pourquoi lancer une revue dédiée à la littérature et aux arts plastiques ?

L’idée vient de Pascal Leclerq qui connaît bien le milieu des revues poétiques et graphiques. Il a travaillé avec plusieurs plasticiens qui connaissent bien le milieu de la poésie, de l’écriture et de la littérature. Il s’est rendu compte qu’il y avait un vide à Liège depuis un certain temps, il n’y avait plus vraiment de revues qui travaillaient dans ce domaine-là. Et lui, qui a eu des collaborations avec plusieurs plasticiens, avait envie de se lancer. Il se disait que c’était peut-être le bon moment pour profiter de notre expérience. On a tous au delà de la quarantaine ou même beaucoup plus pour moi, donc on a une certaine expérience et on connaît du monde, c’est parti de là.

Qu’est ce qui vous influence de numéro en numéro ?

Pour chaque numéro, on a le même principe: quand on fait une revue, ce n’est pas une opération commerciale. On ne fait pas ça pour se faire de l’argent. En plus, comme on peut travailler avec l’atelier d’imprimerie que Pascal a développé dans son école, nous n’avons pas grand chose comme frais, nous n’avons pas d’enjeux financiers. On n'est pas obligés de vendre pour récupérer de l’argent qu’on a investi, parce qu’on n’investit pas particulièrement. On se sent très libres, on peut faire quelque chose qu’on a envie de faire. On a décidé entre nous que chaque numéro serait diffèrent et que le plasticien qu’on choisirait, aurait le pouvoir au niveau de la décision de la forme que prendra la revue, qui est différente à chaque fois. C’est nous qui choisissons tous les intervenants. Pascal et Karel choisissent les écrivains et poètes, Laurent et moi, on choisit les plasticiens. Il y a cette liberté-là qui pour nous est importante.

Combien de temps avez-vous passé sur la réalisation de la revue BOUSTRO #5 ?

C’est compliqué à dire parce que tout le monde ne travaille pas ensemble, en même temps. On n’a pas tous les mêmes disponibilités. Il y a tout un travail de mise en page qui se fait généralement entre Pascal et Laurent parce que ce dernier, qui est plasticien et peintre, a aussi une formation de graphiste. Karel fait les corrections et les relectures, moi je fais aussi les relectures. Il y a le façonnage, la fabrication aux Ateliers Poésie Pur Porc. Il y a des moments où j’ai plus de temps, par exemple pour le numéro 4, on l’a sorti pendant les vacances de Pâques, l’an dernier. Je suis dans l’enseignement, j’étais en congé, j’ai passé une semaine avec Pascal à l’atelier pour couper, assembler, l’imprimer, parce que j’avais plus de temps.

Et donc pour celui-ci avez-vous passez plus de temps que pour le numéro 4 ?

Je ne saurais pas vous répondre, c’est tellement diffèrent chaque fois, tellement circonstanciel.
Pour celui-ci, German Mans, qui a un texte dedans, est venu nous aider à la fabrication et ça lui a beaucoup plu. On a aussi d’autres amis qui, au départ, n’ont rien à voir, des amis communs et comme on se voit de temps en temps, ils viennent nous aider. Il y a un côté très humain aussi dans la façon dont on travaille.

Comment choisissez-vous les auteurs intervenant dans la revue BOUSTRO #5 ?

Gérard Mans, par exemple, c’est un ami à Pascal et moi. Il y a des auteurs que je ne connais pas et que Pascal connaît par sa connaissance dans le milieu de la poésie, ou Karel qui en connaît d’autres. C’est un peu un mélange de tout cela, à chaque fois.
Pierre Hebbelinck, qui s’est occupé de la partie graphique, est quelqu'un que Pascal connaît bien et que j’ai rencontré aussi. À Liège, c’est une petite et grosse ville où dans le milieu culturel on invite beaucoup de croisements.

Est-ce que vous les choisissez les un en fonction des autres ?

Au niveau des poètes, on ne cherche pas quatre poètes qui ont une thématique, une personnalité proche. On essaye plutôt de prendre des gens connus, d’autres moins connus, des jeunes, enfin il n'y a pas de critères de catégorie. On passe de la prose à la poésie, il y'a des rythmes variés.

Pouvez-vous nous expliquer comment les différents intervenants travaillent ensemble dans ce numéro ?

Les écrivains souvent ne travaillent pas ensemble. Ils envoient leurs textes, il y a une sélection qui est faite par Pascal et Karel et puis, on montre ces textes aux plasticiens. Le plasticien les reçoit, il les lit et puis, il fait son travail en fonction des textes ou pas.

Pouvez-vous nous expliquer vos différentes techniques d’impressions ?

La technique, c’est essentiellement de la risographie. Le risographe est une sorte de photocopieuse qui trame à chaque fois, on travaille un film par couleur et il y a une superposition, quand on travaille avec plusieurs couleurs, ce n’est pas parfaitement précis, ce n’est pas toujours identique à chaque tirage et c’est une des particularités qui nous intéresse aussi. Il peut y avoir des différences, chaque Boustro est un exemplaire unique.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi comme titre “Boustro”, apocope de Boustrophédon ?

Boustrophédon était une figure de l’agriculture et puis figure littéraire d’écriture qui se lit dans un sens ou dans un autre, où il n’y a pas un sens figé, privilégié. Je pense que cela traduit notre envie de ne pas donner une direction trop précise, justement, c’est une manière de se dire qu’on ne vient pas avec des vérités absolues. Une vérité, un propos, peut être réversible, peut se lire à l’envers. Je pense que pour nous c’est important cette volonté de ne pas être dogmatique, de ne pas donner de direction précise.

Quel type de papier utilisez-vous dans la revue BOUSTRO #5 ?

On récupère parfois du papier, Pascal récupère surtout des papiers d’imprimeries qui ferment. Parce qu'avec l’évolution des technologies, il n’ y a pas mal d'imprimeries qui arrêtent, des petits imprimeurs, qui liquident parfois leur matériel, qui le donnent ou qui le revendent bon marché, plutôt que de le jeter. Dans l’atelier, on a une série de papiers différents qu’on combine et on choisit. On peut aussi acheter du papier, parce qu'on vent quand même Boustro, donc on gagne, ce qui permet d’acheter ce qui est nécessaire. Les Boustro se font souvent avec le matériel qui est disponible dans l’atelier, mais si quelqu’un a une idée et que ce n’est pas trop cher, on peut parfois acheter quelque chose en plus.

Votre tirage est-il toujours de 200 exemplaires ?

C’est toujours 200 exemplaires qui sont faits à la main, pas plus parce que faire 200 exemplaires ça demande quand même déjà beaucoup de travail, tout couper, rogner, assembler, plier, etc.

Qu’est ce que la micro-édition apporte en plus ?

La microédition ça apporte d’abord la liberté totale de ne pas être soumis aux impératifs du marché, ça c’est important. Nous ne faisons pas une opération commerciale, mais nous faisons quelque chose qui peut quand même se diffuser, qui peut se montrer dans des salons, ou qui peut nous mettre en contact aussi avec d’autre personnes. On reste maitre dans la manière de le faire. Il faut que ça reste un plaisir et on a envie de faire quelque chose de qualité. Pour le moment je trouve qu’on y arrive assez bien. On a beaucoup d’échos, on a des réactions, on a des articles ou parfois des radios qui en parlent. On a une belle reconnaissance par rapport à la revue et ça c’est agréable.

Quelques bonnes adresses pour trouver des micro-éditions ?

À Liège il y a le Comptoir du livre, qui est une librairie de la petite édition. Il y a Maelstrom à Bruxelles pour la revue Boustro, il y a aussi le centre Wallonie-Bruxelles à Paris, qui l’a montré à la foire du livre à Paris l’année dernière et cette année-ci. Il y a des Salon comme Papier Carbonne à Charleroi, ou Figueurs du livre, qui est un salon de la petite-édition à Liège et d’ailleurs, c’est là qu’on a présenté le premier numéro et ensuite les autres aussi. On ne cherche pas non plus trop de lieux de diffusion parce que déjà comme ça, on a épuisé le premier et le deuxième numéro. Il y a, par exemple, des revues qui sont diffusées dans beaucoup de lieux, des revues plus chères et un peu plus luxueuses, un peu moins artisanales, mais ce n’est pas du tout la même démarche que Boustro. La démarche dépend de ce qu’on cherche à faire en termes d’édition. Nous, on a envie que la revue soit accessible, on n’a pas envie que ce soit cher, on a envie que ça reste à un prix très abordable. On ne cherche pas les librairies pour avoir des points de vente diversifiés parce que sinon, il faudrait augmenter la production et tout faire à la main c’est un travail de fou, alors ça deviendrait un calvaire et on arrêterait. Ce ne serait plus un plaisir, ça n’aurait plus beaucoup de sens par rapport à ce qu’on veut faire.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Notre projet pour l’avenir, je pense que c’est de continuer à prendre du plaisir à faire notre travail et de voir ce que cela nous amène comme rencontres. Papier Carbonne, par exemple, organisé par des gens très agréables, était une belle découverte. On sera donc contents de les revoir. On va peut-être essayer de trouver d’autres choses aussi ou on répondra à des sollicitations si on nous appelle. On ne cherche pas non plus, à tout prix, à être les plus connus possible, on est content quand on a des réactions, des échos, mais on ne cherche pas non plus à grossir. On n’a pas d’ambitions particulières, on a envie que cela continue comme ça fonctionne.