design research

quelques questions à

Blank generation, Salon de Montrouge, 2012.

La Bibliothèque Fantastique est une maison d’édition en ligne. Elle fut créée par Antoine Lefebvre en 2009. Maison d’édition et de production, La Bibliothèque Fantastique met en ligne des livres d’artistes, téléchargeables gratuitement sous format PDF. Sa politique est de permettre à chacun de pouvoir posséder une œuvre d’art originale. Les livres proposés n’ont pas d’ISBN puisque chaque livre est considéré comme une œuvre d’art originale, ils sont donc placés sous licence artlibre. Cette licence autorise la copie, la diffusion et la transformation des œuvres (pour plus de précisions : http:// artlibre.org).

Tous les livres de La Bibliothèque Fantastique sont soumis au même protocole : l’artiste choisi la couverture d’un livre déjà existant, qui deviendra la couverture du sien après quelques modifications. Le nom de l’auteur est remplacé par celui de l’artiste et le nom de la maison d’édition est effacé. L’artiste est libre d’intervenir comme il l’entend à l’intérieur du livre. Toutes les formes sont « permises » que ce soit l’écriture, la photographie, le dessin, la peinture, ...

Seules contraintes, les livres doivent être pensés pour un format A4 et imprimable en noir et blanc, pour permettre leur impression sur toutes les machines. En effet, les livres de La Bibliothèque Fantastiques sont « minimales ». Une feuille A4, pliée au milieu dans le sens de la longueur, puis une autre et encore une autre... Pour la reliure, une bonne agrafeuse suffit. Et voilà, vous venez d’éditer un livre !

French Connection, The commons, New York, 2011.

Entretien par correspondance avec Antoine Lefebvre :

Pourriez-vous revenir sur la création de La Bibliothèque Fantastique ?

En 2008, après un master d’Arts Plastiques à La Sorbonne, j’ai obtenu un financement pour une recherche doctorale qui mêlerait recherche et création. Après avoir travaillé et expérimenté sur le livre d’artiste, j’ai voulu passer à un méta-niveau en travaillant sur ce qui engendre et contient le livre : l’édition et la bibliothèque. Cependant, je n’avais ni expérience dans l’édition, ni de fortune personnelle pour payer un imprimeur et imprimer en grand nombre. C’est en assistant à une conférence de Ghislain Mollet-Vieville (conceptual-art.net) que j’ai réalisé qu’éditer un livre pouvait se rapprocher des œuvres d’art conceptuel qu’il évoquait dans sa présentation, et qu’à l’instar des statements de Lawrence Weiner, les livres que je produirai pourrais être réalisé par moi, par les autres ou même n’exister qu’à l’état de potentialité sous la forme d’un fichier PDF sur un site web. (www.labibliothequefantastique.net)

J’ai créé La Bibliothèque Fantastique dans cet esprit, en collaborant avec des artistes qui pour une grande partie n’avaient jamais fait de livres d’artiste.

Quel est pour vous l’importance du libre accès des contenus éditoriaux ?

En tant que chercheur et enseignant, l’accès à l’information est très important pour moi. Le libre permet de donner un accès à l’information dans un cadre légal cohérent, pour moi la licence art libre.

En consultant le colophon de La Bibliothèque Fantastique, nous avons constaté qu’il n’y avait pas eu de nouvelles créations depuis 2015. La Bibliothèque Fantastique est-elle en suspend ou bien va-t-elle continuer de se développer au travers de vos autres activités ? (antoine lefebvre editions, 本 \hon\ books)

En effet, j’ai arrêté le projet en 2013 pour prendre du recul et me consacrer à l’écriture de ma thèse. (Publiée depuis par Strandflat http://strandflat.fr/produit/artiste-editeur/) Je n’ai rajouté que quelques livres les années suivantes.
Depuis que j’ai soutenu ma thèse en 2014, j’ai continué mes activités d’édition sous le nom antoine lefebvre editions qui est à la fois mon nom d’artiste, et celui de ma structure d’édition.
En avril dernier, j’ai ouvert 本 \hon\ books, un espace dédié à la microédition au sein des Grands Voisins dans l’ancien hôpital Saint Vincent de Paul.
à la fois librairie et bibliothèque de publications d’artistes (livre d’artistes, revue, fanzines), ce lieu propose chaque mois des focus sur des artistes éditeurs français et internationaux.
Inspiré des librairies japonaises de seconde main et de l’œuvre One and Three Chairs de Joseph Kosuth, le nom de ce nouveau lieu offre la même proposition sous trois formes : un idéogramme, sa prononciation, et sa traduction, 本 = livre.

Comment se passe votre collaboration avec les artistes ? Considérez-vous cela comme un duo artistique ou bien adoptez-vous “simplement” la posture d’un éditeur ?

Les artistes, chercheurs et collaborateurs avec qui je travaille connaisse ma démarche d’artiste éditeur et s’attende donc à quelque chose de différent. Pour chaque projet, il faut déterminer à l’avance le rôle de chacun. Dans les projets bookworm et diagonal(e) menés respectivement avec Farah Khelil et Lucie Rocher, nous sommes dans une situation de co-auteur d’un projet, où deux artistes collaborent sur un projet impliquant à la fois une installation, des œuvres et une publication. Dans d’autre cas, je publie des travaux préexistants sans y changer quoi que ce soit.

Video set / Décor pour vidéo, New York, 2012.