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quelques questions à

(ENGLISH VERSION ↓)

Pour commencer pouvez vous nous décrire rapidement votre parcours ?

Né en Belgique en 1958, parti à 20 ans en Angleterre, venu vivre en France à 33 ans.

D’après ce que je comprends, vous faites tout pour vos livres: écrire, illustrer, imprimer et distribuer. Que diriez-vous sur les avantages et désavantages de travailler seul ?

Attention : à part quelques livres dits de « bibliophilie » ( imprimés à la main sur une presse taille-douce et à très petit nombre d’exemplaires), je n’imprime pas mes livres moi-même. Je les conÇois entièrement et je les fait imprimer par un imprimeur. Je me débrouille ensuite pour les diffuser, les distribuer et les vendre. Ce n’est pas la partie la plus facile du travail.

Les avantages ou désavantages du travail seul sont les mêmes : on est seul. Autrement dit quand on souhaite être seul, c’est extra, quand on a besoin des autres, c’est moins cool d’être seul. Mais la décision du fonctionnement qu’on adopte pour soi-même relève beaucoup de la psychologie profonde de la personne. C’est toute l’importance du « Connais-toi toi-même ». En ce qui me concerne, j’ai besoin de solitude pour m’épanouir dans la création. Ça ne m’empêche pas d’avoir également grandement besoin des autres. C’est un équilibre à trouver. L’équilibre, par définition, est instable.

Comment avez-vous commencé à imprimer et publier ? (Avez-vous eu un mentor, etc.)

J’ai débuté mon aventure d’« auto-édition » durant les années 80, alors que je vivais à Londres.

J’ai travaillé deux ans dans un grand bureau de design graphique, Pentagram design, et j’ai eu la chance d’être pris sous l’aile d’Alan Fletcher, un graphiste renommé de l’époque. Je pense que cette expérience à été mon école véritable, j’ai ai tout appris du métier.

Je me suis ensuite installé à mon compte comme illustrateur de presse et graphiste.

Les projets des premiers livres que j’espérais publier se sont heurtés systématiquement à l’incompréhension des maisons d’éditions auxquelles je les présentait. Conscient de la fragilité de mon propre enthousiasme, c’est plus par souci de me protéger que par choix que je me suis résolu à faire imprimer un premier livre et à me débrouiller ensuite pour le commercialiser. Il s’agit de « Play It By Ear », publié la première fois en 1989 et diffusé à l’époque dans quatre points de vente londoniens. Le livre, réédité huit fois depuis, existe toujours. Il est à l’origine de tout mon parcours dans l’auto-édition.

D’où vient l’inspiration pour votre travail et de vos histoires ?

Personne ne peut dire d’où vient l’inspiration. C’est précisément là que réside le mystère. C’est un peu comme si on se demandait d’où viennent nos rêves. Il y a des bribes d’explications possibles mais il manque toujours la clé qui apporterait une réponse totalement satisfaisante.

Par contre, il me semble que la pratique régulière d’une discipline (dessiner, jouer d’un instrument de musique, écrire, etc...) nous entraîne malgré nous sur des chemins de découvertes. Si l’inspiration ne nous tombe pas dessus lorsqu’on l’attend, elle peut par contre surgir, stimulée par l’action et le travail. C’est pour cela qu’il est indispensable de « faire ».

Auriez-vous voulu faire quelque chose différemment au cours de votre carrière ?

Je n’aime pas le mot « carrière ». Je l’associe à l’idée d’un carcan social qui me déplaît. L’idée qu’on aurait chacun à faire une « carrière » me semble horrible. Derrière le concept de carrière viennent ceux de « réussite » et aussi de « retraite », des idées qui sont contraires au mouvements aléatoires et imprévisibles de la vie.

La vie me semble plutôt un chemin qui, à tout moment, offre mille possibilités de bifurcations et de détours. C’est Ça qui est beau et passionnant. Inévitablement, dans ce cheminement, on rencontre des périodes de grâce mais aussi des épreuves. Sans les unes, on perdrait le désir d’avancer, sans les autres, on n’avancerait pas beaucoup. On est donc amené à faire des choix en permanence. Mais dès lors qu’on considère le fait d’être vivant comme une occasion unique et extraordinaire, les choix qu’on fait, judicieux ou non, enrichissent toujours notre expérience de vie.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes artistes intéressés par l’édition ?

Il y a une belle locution latine qui reste un bon guide en toute circonstance : «festina lente»... : « hâte-toi lentement » .

(VERSION EN FRANÇAIS ↑)

To begin, can you quickly describe your history?

Born in Belgium in 1958, left at 20 to go to England, then came to live in France at 33 years old.

From what I understand, you do everything for your books: writing, illustrating, printing and distributing. What would you say are the main advantages and disadvantages of working alone?

Caution: aside from some books labelled "bibliophile", which are printed by hand on an intaglio press with a very small number of copies, I do not print my books myself. I conceive of them entirely and then have them printed by a printer. I then find ways to to distribute and sell them. This is not the easiest part of the job.

The advantages or disadvantages of working alone are the same: one is alone.

In other words, when you want to be alone, it's great. But when you need others, it's not so great to be alone. The decision of how one operates and the strategy that one adopts depends a lot on the deep psychology of the individual. This is the importance of "know thyself". As far as I'm concerned, I need solitude to blossom creatively. But this does not prevent me from needing others. It's about finding a balance. And balance, by definition, is unstable.

How did you start printing and publishing? (Have you had a mentor, etc.)

I started my "self-publishing" adventure during the 80s while living in London.

I worked for two years at a large graphic design office, Pentagram Design, and was fortunate enough to be under the wing of Alan Fletcher, a renowned graphic designer at that time. I think this experience was my real education, I learned everything about the discipline.

I then moved on as a press illustrator and graphic designer.

The projects of the first books I was hoping to publish came up systematically against misunderstandings from the publishing houses I presented them to. Being aware of the fragility of my own enthusiasm, it was more for the sake of protecting myself than by choice that I resolved to print a first book and found a way to market it. It is "Play it by ear", first published in 1989 and released at the time in four London retailers. The book, reissued eight times since, still exists and is at the origin of my entire path in self-publishing.

Where does the inspiration come from for your work and your stories?

Nobody can tell where inspiration comes from. This is precisely where the mystery lies. It's a bit like wondering where our dreams come from. There are snippets of possible explanations but it is still missing the key that would bring a totally satisfactory answer.

On the other hand, it seems to me that the regular practice of a discipline (drawing, playing an instrument, writing, etc ...) leads us, despite ourselves, down paths of discovery. If inspiration does not happen when we wait for it, it can emerge, stimulated by action and work. This is why it is essential to "do".

Do you have anything that you would do differently from your career path?

I don't like the word "career". I associate it with the unpleasant idea of a social straitjacket. The idea that everyone must make a "career" seems horrible to me. Behind the concept of career also come those of "success" and of "retirement", ideas that are contrary to the random and unpredictable movements of life.

Life seems to me rather a path which, at any moment, offers a thousand possibilities of forks and detours. That's what is beautiful and exciting. Inevitably, on this journey, we have favourable periods, but also challenging ones. Without the first, we would lose the desire to move forward, without the second, we would not move forward at all. We are therefore forced constantly to choose. But if we consider being alive as a unique and extraordinary opportunity, the choices we make, wise or not, will always enrich our life experience.

What advice would you give to young artists who are interested in publishing?

There is a beautiful Latin phrase that remains an appropriate guide in all circumstances: "festina lente"... : "make haste slowly".