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publication

TOUS, DES SANG-MÊLÉS (2017)
ISBN : 978-2-916324-95-1
Design graphique : Figures Libres
(Réalisation en html2print, sous logiciels libres)
Photogravure : Les Artisans du regard (Paris)
Impression : Art & Caractère (Lavaur)

«L’identité serait en crise. Le constat semble intemporel et transhistorique. Les questions demeurent les mêmes. Qui sommes-nous ? Comment se définir? Par rapport à quoi ? À qui ? L’Autre ? Qu’est-ce qui nous définit ? Qu’est-ce qui nous rassemble et nous sépare ? Comment et à partir de quels éléments se construit une identité culturelle ? Quelles représentations lui donner ? Comment en parler ? [...] Nous sommes tous des passants, des migrants, des métis, des hybrides, des étrangers, des constructions, des êtres en Relation. Tous, de sang-mêlés.»

Cette édition est publiée à l’occasion de l’exposition Tous, des sang-mêlés tenue au MAC VAL (Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne) du 22 avril au 3 septembre 2017. Une soixantaine d’artistes issus cultures différentes exposent et prennent la parole sur le thème de l’identité culturelle, l’histoire (personnelle ou collective), la mémoire, le territoire, les stéréotypes ou encore les traditions. Tous, des sang-mêlés nous incite à réfléchir collectivement et partager notre subjectivité dans un musée, lieu en perpétuel évolution où se mélange des points de vue favorisant la réflexion sur l’histoire et son contexte.

L’ouvrage met en lumière l’exposition à travers cinq carnets de tailles et de couleurs différentes. On y trouve quatre petits livrets reliés en piqûre à cheval et traités en monochrome noir sur papier coloré ainsi que le carnet principal relié en carré collé et traité en couleur sur papier blanc glacé. Le livret bleu (9x15cm) regroupe les textes des commissaires, le plus petit carnet orange (13x9cm) est vide et se présente comme un carnet de note. Le livret vert (11x20cm) regroupe les notices concernant les œuvres et les artistes. Le jaune (15,2x19cm) est la traduction anglaise et enfin le carnet rouge, le catalogue (16,5x23cm), nous présente les différentes œuvres exposées. La diversité des formats et des couleurs exprime ici la notion de différence, de singularité et de multi culturalité que l’exposition mets en avant. Chaque pièce éditoriale à son rôle, tout comme chaque individu à son rôle dans une société. Une singularité non pas isolée mais qui engendre un dialogue, comme ces livrets qui entrent en dialogue et se complètent. L’utilisation de la typographie est aussi importante dans l’édition, en effet on retrouve un mélange de plusieurs caractères utilisés pour les titrages. Cela insiste encore sur la mixité des cultures et l’entente de celles-ci dans la différence. La diversité des formes et des couleurs créer un objet modulable, multipliant les approches, et qui génère plusieurs lectures différentes.

En effet la forme de cette édition laisse une liberté au lecteur et lui donne une certaine position par rapport à l'objet. Tout d'abord, il est libre d'assembler et réassembler à sa guise les différents livrets qui composent l'ensemble. De plus, pris individuellement, chaque livre à l'exception du catalogue d'exposition rouge ont inscrits sur leur première de couverture le titre de l'exposition de manière incomplète. De cette manière, le lecteur se trouve forcé de recomposer mentalement les mots ou les lettres manquantes. Le premier carnet auquel il a affaire, le carnet orange, est un carnet de notes qui inclut le lecteur dans l'édition puisqu'il l'invite à se l'approprier, à le compléter au fil de l'exposition à laquelle est associée l'édition. Ces éléments sont en lien directe avec le projet du collectif figures libres à l'origine de l'édition. L'unique page de leur site figureslibres.cc nous informe en effet que ce dernier est « né à la rencontre de deux démarches citoyennes ». La première, « porter les messages de commanditaires d'utilité publique sociale et culturelle » correspond dans l'objet qui nous intéresse à la thématique de l'exposition dont l'édition rend compte. Tous, des sang-mêlés explore en effet les questions que soulève la notion d'identité culturelle embrassant aussi bien les idées de frontières, que de communautés, d'appartenances, de langues, de couleurs de peaux, ou de symboles. La seconde, « œuvrer sur des logiciels libres pour créer sans consommer, libérer l'information et s'enrichir ensemble » renvoies à ce que nous avons évoqué précédemment. Le logiciel libre permet à ses utilisateurs d'exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer ce logiciel. La démarche du logiciel libre pose la question de l'arrêt à un certain moment d'un travail, donc à le considérer comme aboutit puisqu'une fois imprimé il n'est plus modifiable. La forme trouvée par figures libres est un compromis entre le livre fini et le principe du logiciel libre puisque le lecteur a dans les mains un objet qu'il a la possibilité de modifier. Le carnet orange adopte la fonction d'élargissement du logiciel libre à sa forme papier.

LIENS/SOURCES :


Par Marie Dubus et Anne-Lise Delpierre