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Material World II, Frame et Birkauser, 2016

Voici un livre édité par Frame et Birkauser en 2006. Il s’agit d’un référencement de 150 matériaux innovants pour le design et l’architecture. La sélection est proposée par l’entreprise MateriO, crée en 2001 par Quentin Hirsinger. MatériO est une « matériauthèque », c’est à dire une bibliothèque de matières qui se présente sous deux formes : une base de donnée internationale accessible par adhésion sur internet, ainsi que plusieurs showroom physiques (aujourd’hui à Paris, Bruxelles, Prague et Shanghai) où l’on peut observer et manipuler plusieurs milliers de matières. Les matériaux se rapportent à différents domaines (bois, textiles, céramiques, métaux, nouvelles technologies, composites, pierres, plastiques, verres… ). L’objectif est de mettre en avant ce qui existe en terme de matériaux et technologies. Libre à chacun de les utiliser dans son propre intérêt, MatériO est un intermédiaire qui permet un gain de temps.

Matérial World II présente 150 de ces matériaux. Le livre, composé de 400 pages, est très épais et très lourd, en cause la densité du papier utilisé et le format inférieur à un A4. La couverture souple à deux plis permet cependant une bonne ouverture malgré l’épaisseur. Elle n’est pas collée sur la tranche ce qui permet une ouverture entière de l’ouvrage. La reliure facilite elle aussi les gestes : 25 petits cahiers cousus sont ensuite assemblés par colle. Le tout est consolidé grâce à un tissu très aéré semblable à une gaz, comme un dos carré collé. Cette bande textile se dégrade, sa structure rappelle les textures dessinées sur la couverture.

Revenons à cette couverture. Elle est composée d’un papier un peu épais collé sur un plastique transparent qui évoque le protège cahier des livres scolaires. Très souple, très résistant aux manipulations et aux transports, le choix de ce plastique renvoie à l’idée d’une consultation régulière d’un outil de travail, d’un dictionnaire que l’on consulte dès que l’on en a besoin.

Les textes écrits en noir sont imprimés sur le plastique (un léger relief se fait sentir), alors que des motifs graphiques colorés sont imprimés sur le papier sous-jacent. Ils semblent illustrer des textures, des effets de matières qui se rapportent au contenu du livre.

On note que les jeux de superpositions, grâce à la transparence entre ces deux plans, brouillent la lecture. Des rectangles colorés encadrent les mots noirs, avec des effets de dégradés plutôt confus se superposant eux-même aux motifs texturés.

L’image globale est assez complexe. Il s’agit en fait là de l’annonce de l’organisation interne de l’ouvrage.

La première chose que l’on voit quand on ouvre le livre, c’est un petit livret. Il n’est pas rattaché au livre, il est simplement posé à l’intérieur, il n’a pas d’emplacement précis. La couverture est la même que sur le livre principal. L’intérieur est sobre, écrit en noir sur blanc, et ne contient aucune image. L’aspect général du livret est plus « cheap ». Il s’agit en fait la traduction française des textes qui sont écrits en anglais.

Quant à l’intérieur du livre, il est composé d’un papier assez brillant, au moins 110g, très lisse. On peut voir d’abord l’inventaire des illustrations présentes dans le livre, puis on arrive à une page intitulée « used words », qui semble répertorier les mots utilisés dans le chapitre et leur occurrence. Nous ne comprenons pas vraiement l’intérêt de cette page qui revient d’ailleurs à chaque début de chapitre. Quel pourrait-être l’intérêt de faire apparaître l’occurrence des mots ? Par ailleurs, on retrouve au sein des chapitres des nombres devant certains lignes. Ils semblent renvoyer à ce « Used Words ». Quelle est la fonction de ces nombres ? Pour nous, ce code graphique est resté flou.

Le code couleur présent sur la couverture nous est quant à lui expliqué grâce à une légende. Ce code permet la division du livre en chapitres (un chapitre = une couleur). On note que les nuances de ce code chromatique sont très subtiles : certaines couleurs sont les mêmes, mais l’une « pleine », l’autre dégradée. Il nous a semblé étonnant de choisir un code couleur si restreint qui rend la lecture ambiguë.

L’organisation générale du livre est simple : un matériau par double page. A gauche : la photo du matériau, à droite : une description assez brève avec les coordonnées du fabricant. C’est d’ailleurs un des principaux points forts de l’ouvrage selon nous.

Dans les textes qui décrivent le matériau en question, on retrouve le code couleur explicité au début. Par exemple les mots qui ont un rapport avec la lumière sont surlignés avec le code couleur de la lumière. Quelle est l’utilité d’une codification si importante ? Nous nous posons la question.

Une troisième édition (2011) suivra celle-ci sur le même principe d’une sélection de matières et leurs fabricants. Puis, le format change en 2012 avec Matériology. Le livre s’organise différemment : les codes couleurs complexes ont été abandonnés, la charte graphique est bien plus claire et simplifiée. Il ne s’agit plus d’un référencement de matériaux précis, le rapport direct au fabricant disparait sous la volonté d’en faire un ouvrage le plus pérenne possible. Le sujet des matériaux est appréhendé de manière plus globale avec des chapitres généraux abordant aussi les techniques et processus de fabrications.

Materiology, 2012