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publication

Immortalité/Immoralité
Jean-François Octave
1989
Collection Trait pour trait
Éditions La lettre volée
ISBN 2-87317-000-X
Publié avec le concours de la galerie Xavier Hufkens

Publié en novembre 1989 aux éditions bruxelloises La lettre volée, Immortalité/Immoralité est le premier ouvrage de la collection Trait pour trait, consacrée aux livres d’artistes, et publié à l’occasion d’une exposition de l’artiste Jean-François Octave à la galerie Xavier Hufkens. La lettre volée propose une ligne éditoriale centrée sur la création contemporaine, les arts, la littérature, la poésie et l’esthétique.

Immortalité/Immoralité se construit comme un vrai/faux journal de voyage. Jean-François Octave l’a conçut lors des nombreux voyages effectués cette année là : New-York, Zurich, mais surtout le Moscou de la Pérestroïka, où il avait été convié par un ami artiste russe, Andrei Roiter. Il mêle donc éléments auto-biographiques, faits d’actualité et fiction poétique. Le narrateur du journal n’est jamais nommément identifié, le trouble est maintenu tout au long du journal. Les images, aphorismes et slogans proviennent de magazines et journaux glanés sur son chemin entre New-York et Moscou, dont beaucoup issus de propagande soviétique, ce qui explique l’omniprésence du rouge. Les textes, outre leurs réflexions philosophiques sur la vacuité de l’existence, sur le sublime et la déceptivité du meurtre, sur l’errance existentielle, … , convoquent également un grand nombres d’écrivains et artistes familiers de l’univers mental de Jean-François Octave. Ce travail de collage, de mélange entres textes et images, pop-culture et histoire politique, n’est pas sans rappeler une certaine esthétique du do-it-yourself punk, avec une touche d’élégance mélancolique propre à l’artiste. Non sans raison : en effet, après des études d’architecture à la Cambre (1979), Jean-François Octave collabore au trimestriel post-punk artistique Soldes-Fin de Série, réalise des pochettes pour les Disques du Crépuscule & Factory ainsi que des posters et dessins pour le club bruxellois Plan K (qui accueilli notamment Joy Division et Tuxedomoon…).

pp. 16-17 : exemple d’illustrations en miroir et de typos « industrielles » et « manuscrites »

Dans Immortalité/Immoralité, Jean-François Octave nous présente sous forme de journal de voyage l’histoire d’un homme qui cherche à tuer. Par une typographie manuscrite, l’histoire d’une quête absurde se développe sous l’œil du lecteur et l’emmène dans un tourbillon d’angoisses allant de l’état psychologique du personnage à ses actes. Textes et images se répondent tout au long du livre. Les pages semblent avoir été sérigraphiées mais sont imprimées en offset, noir et rouge pour couleur dominante. Le rouge rappelle le parti communiste de l’union soviétique.

Tout au long du livre, Jean-François Octave mélange récit fictif et grande histoire en évoquant par le texte ou l’image des personnages historiques russes et artistes internationaux : Maïakovski, Gorbatchev, Barthes, Picasso, Pollock…

p. 20 « ratures »

Jean-François Octave questionne ici le sens de la vie, ou plutôt son non sens en écho au personnage de Melville, Bartleby, qui préfère ne pas faire, « I prefer not to ». Comment raconter l’errance ? Comment narrer le voyage sur terre, voyage peut-être spirituel ? Le mythe de Sisyphe pourrait alors illustrer l’effort impuissant, un cycle dans lequel on se sent prisonnier, Sisyphe qui lui était condamné à pousser un rocher au sommet d’une montagne tout le reste de sa vie immortelle. Dans cette histoire le lecteur est à la fois dans la tête du personnage et dans ses actions. Espèce de névrose qui ne trouve aucune fin sauf celle de la mort qu’il veut donner et qu’il, par ironie, trouvera. Les images se confondent parfois avec les mots. Les formes se répètent créant une symétrie, une dualité, que l’on comprend comme étant l’état constant du personnage.

Autoportrait

D’un point de vue technique, cet ouvrage se compose assez classiquement de 64 pages de format A4 avec un dos carré cousu. Les textes et illustrations ont été imprimé en offset deux couleurs : rouge et noire. La typographie des textes a été intégralement conçue par l’artiste et mélange différents types d’écritures manuscrites et des typographies « industrielles » mais bel et bien réalisées à la main : recopiées sur calques puis retransposées. Dans certains passages, des hachures et ratures ont été rajoutées, accentuant l’effet de véritable journal intime. De plus, l’alternance des différents effets manuscrits souligne l’état émotionnel, serein ou agité, du narrateur. Les exemplaires de cet ouvrage ont été tiré à 500 exemplaires, celui en notre possession porte le numéro 423. Quarante trois exemplaires sont numérotés en chiffres romains, de I à XLIII. Sept exemplaires hors commerce, signés par l’artiste, sont marqués de A à G, et comportent une sérigraphie originale.


Par Pauline Salinas et Maéva Tchibinda